La science et l'emploi du conditionnel
Depuis la Pandémie, on ne cesse de clamer haut et fort qu'il faut écouter LA science, comme s'il n'y en avait qu'une, comme s'il s'agissait d'un bloc monolithique qui nous ferait avancer, main dans la main, vers la Vérité. Il va de soi qu'il faut écouter les scientifiques, je ne prétendrai jamais le contraire, moi qui me considère comme un homme de savoir. Mais je ne crois pas qu'on puisse parler de la science au singulier. Il serait plus sage de parler DES sciences, lesquelles sont animées par une communauté scientifique qui, en fonction des institutions, des cultures et des pays, tient un discours rarement homogène, pour ne pas dire contradictoire. D'ailleurs, le concept de paradigme établit clairement la relation entre les découvertes scientifiques et la communauté scientifique qui, incidemment, partage un ensemble de croyances pendant un temps donné. Pour rappel, ce concept a été élaboré par l'épistémologue Thomas Kuhn (1922-1996). Pour en savoir davantage sur le concept de paradigme, je vous invite à lire l'article de Wikipédia sur la question : Paradigme
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Science Alert m'envoie chaque jour un message avec différents liens, pointant sur différents sujets. Personnellement, je m'intéresse à tout ce qui a trait aux découvertes archéologiques, sans doute en raison d'une déformation professionnelle, du moins par association puisque j'ai exercé le métier d'archiviste, spécialiste de la gestion des documents, alors que l'archéologie qui, elle, s'intéresse plutôt aux artefacts, aux objets.
Mais on traite de tous les domaines scientifiques, de l'astronomie à la santé en passant par les sciences comportementales. C'est très intéressant, mais il faut se méfier : dans deux articles sur trois - une évaluation absolument non scientifique -, les auteurs font l'usage du conditionnel, surtout en matière de santé. En voici des exemples concrets : adopter la marche d'un bon pas pourrait retarder le cancer de ceci, manger du brocoli pourrait faire reculer le cancer de cela, consommer régulièrement des produits laitiers pourrait retarder l'apparition des signes de démence chez les personnes âgées, etc. Parfois, je me dis que si nous décidions de suivre toutes les recommandations, de manière à se prémunir contre plusieurs cancers et autres maladies, nous mangerions un peu n'importe quoi, nous boirions toute sorte d'infusion, nous ferions de la marche rapide, etc.
Mais si ce n'était que ça… Dans Science Alert, tout est scruté à la loupe, car il y a des centaines de recherches en cours dans les universités - surtout américaines, en fait. Par exemple, saviez-vous qu'une personne qui s'arrache les poils du nez pourrait accroître le risque de démence après soixante ans ? Ou alors que la manière que vous respirez pourrait augmenter votre pression sanguine ? Bref, chaque jour, je le constate, la plupart de ces articles sont rédigés au conditionnel (could be en anglais). Alors, pourquoi employer le conditionnel quand on fait état de découvertes scientifiques ? De quoi à afficher une moue dubitative quand un politicien prétend qu'il se repose sur LA science pour prendre une décision…
Nous ne sommes sûr de rien, finalement. Mais il y a au moins une chose que nous devrions savoir avec certitude : bien manger, faire un peu d'exercice et dormir à des heures raisonnables ne peuvent que favoriser une bonne santé…
Daniel Ducharme - billet no 07 : 2026-04-17