Le vendredi

Information, médias et anxiété sociale

Plongé dans une saga de fantasy depuis plusieurs mois, je m'efforce de ne pas me laisser contaminer par les événements qui secouent ce monde en lambeaux. Le processus de merdification est rendu à un point tel qu'on ne sait plus qui croire, à gauche comme à droite. L'irrésistible propension — humaine, trop humaine — à faire taire les opposants, ceux qui ne pensent pas comme nous, n'a jamais été aussi vivace. Certes, on ne les enferme pas comme en Russie. Pour discréditer un adversaire, on n'a qu'à lui coller l'étiquette extrême, à gauche comme à droite, et le tour est joué. Sinon, on les condamne au silence, en les privant de leur droit de parole, notamment en France (et même ici, au fond) où on ne les invite tout simplement pas sur les plateaux de la télévision publique. Après, on s'étonne de l'émergence de ces centaines de chaînes sur YouTube. Des centaines, peut-être même des milliers. Mais on ne peut pas passer douze heures par jour à regarder du contenu audiovisuel. Ce n'est pas tenable, à moins de n'avoir rien à faire d'autres de sa vie. Ce qu'on souhaite, ce à quoi on devrait être en mesure de s'attendre, c'est simplement d'ouvrir le journal du matin, s'informer en buvant son café, puis aller travailler. Normalement, ça devrait suffire à savoir ce qui se passe dans le monde. La lecture du journal le matin, l'écoute du téléjournal le soir. Voilà le programme de l'honnête homme, de l'honnête femme, de l'honnête personne qui ne sait plus s'il est un homme ou une femme, ou alors qui refuse cette logique binaire imposée par la biologie — c'est son droit, je ne juge personne, chacun se définit comme il veut, tant que ça n'embête pas les enfants.

Personnellement, je n'accepte pas d'en faire davantage. Sinon, toutes mes autres activités — lecture, musique, marche — vont en pâtir. Il vaut mieux aller prendre un café avec un ami que d'écouter le discours de Donald Trump. On sait déjà ce qu'il va dire, de toute façon. Et on le saura le soir en regardant le téléjournal. Il vaut mieux ne pas se priver d'une conversation avec un ami, conversation qui se raréfiera avec les années compte tenu du fait que les amis, on les perdra un à un, et ce, pour différentes raisons, dont la principale est la mort, bien entendu. L'homme vieillissant ne peut s'empêcher d'y penser, qu'on le veuille ou non, à moins de jouer à l'autruche comme le dernier des imbéciles. Mais l'aveuglement volontaire fait partie des tares de notre siècle.

Je suis loin d'être convaincu que toutes ces chaînes d'information continue soient une bonne chose pour la démocratie. Elles permettent surtout de transformer un événement politique en spectacle. La guerre est un spectacle. Tout ce qu'on peut filmer — les tueries, les agressions, les bombes — est bon à prendre pour ces gens-là, les journalistes des temps nouveaux, générateurs d'anxiété sociale. Ils sont partout, ces chasseurs de sensations fortes. Hier, à la frontière de l'Ukraine, aujourd'hui dans le sud du Liban, demain dans le détroit d'Ormuz. Alors, pourquoi ne vont-ils pas au Soudan du Sud pour compléter le tableau ?

Nous vivons une époque à vomir dont l'Histoire ne retiendra pas grand-chose. Les problèmes les plus importants sont laissés de côté : l'environnement, la pression démographique, la pauvreté, la perte de sens, même si d'aucuns prétendent que le monde n'a pas des sens — je ne dis pas qu'ils ont tort, mais je prétends que ce n'est pas une raison pour que cesse la recherche de sens, le questionnement, la seule attitude qui s'avère saine sur le plan métaphysique. Des questions sans réponse, diront les esprits pragmatiques. Mais des questions qui offrent une possibilité de réponse, quand la réponse ne se trouve pas déjà dans la question.

Voilà mon écrit de la semaine. Je ne les choisis pas toujours, ces écrits. Parfois, mes mains tapent sur le clavier sans trop savoir ce qui en ressortira. Pas grand chose, souvent. Peu importe, j'écris chaque jour, et je suis inquiet pour nos enfants, sans que je me prenne nécessairement la tête avec ça.

Demain est un autre jour, paraît-il. Aujourd'hui, il vente à en écorner les bœufs.


Daniel Ducharme - billet no 12 : 2026-05-22

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