Faut-il rester sur Facebook ?
Vous avez sans doute remarqué l'évolution de la merdification de Facebook depuis une dizaine d'années. Au début, ça allait, les posts de nos "ami-es" apparaissaient sur notre fil d'actualité par ordre antéchronologique. C'était le principe même du blogging et du microblogging. Puis Meta, la société mère dernière Facebook, a entrepris de modifier ses algorithmes de manière à compliquer les choses, comme si la simplicité n'était pas toujours la meilleure chose à faire, dans les réseaux sociaux comme toutes choses — simplicité ne s'accouple pas toujours avec stupidité, vous savez. Près de vingt ans plus tard, on se retrouve avec un magma de suggestions d'amis et de groupes, de publicités, souvent en lien avec nos recherches sur Google, de reels, de stories et je ne sais quoi encore.
Voici une illustration concrète de ce qu'est devenu Facebook en 2026. Sur mon fil du 30 avril 2026 à 17h41, j'ai pu scroller les vingt-cinq premières entrées apparues sur mon fil d'actualité. Pour faciliter votre compréhension, j'ai mis en gras les entrées qui proviennent vraiment de mes "ami-e-s".
- Le temps d'une chanson, une émission de radio que — il est vrai — j'apprécie beaucoup.
- Pocket AI, un clavier physique qu'on peut greffer sur un iPhone ou sur un modèle de Motorola : j'ai dû voir une vidéo là-dessus sur YouTube...
- Personnes que vous pourriez connaître : Facebook souhaite que j'agrandisse mon cercle d'amis — ne me demandez pas pourquoi.
- François Cartier, un collègue
- Reels : des courtes vidéos postées par des amis, mais aussi par n'importe qui, dont certaines sont de sources commerciales.
- Le Rose Pingouin, un site Web dédié au showbizz et aux vedettes locales : j'ignore pourquoi je le retrouve souvent sur mon fil d'actualité.
- World Food Program : il y a belle lurette que je ne fréquente plus le système des Nations Unies...
- Personnes que vous pourriez connaître : voir no 3.
- Romain Gagnon, auteur : je ne sais pas qui est ce monsieur ni pourquoi il se retrouve là.
- Le Rose Pingouin : encore lui !
- Nouveau Spotted Pointe-aux-Trembles : je suis membre de ce groupe, donc c'est ok.
- Tonebase Guitar, service en ligne d'apprentissage de la guitare : je me suis remis à la guitare, c'est vrai, mais je n'ai jamais consulté un site Web de ce genre.
- Département d'histoire, Université de Sherbooke : là, franchement, j'ignore totalement ce que ça vient foutre ici...
- Vos suggestions de groupe : non content de chercher à accroître mon cercle d'amis, Facebook souhaite aussi que je m'abonne à plus de groupes — sans doute pour mon bien.
- Lecteurs, auteurs, éditeurs : un groupe dont je suis possiblement membre, donc c'est ok.
- Fédération Histoire Québec : Facebook a dû juger que j'aimerais rejoindre cette association, peut-être parce que je suis membre d'un groupe sur l'histoire locale.
- Ecobee : une entreprise en environnement, je crois, qui commercialise des thermostats dits intelligents...
- François Cartier, un collègue : encore lui ! Je l'aime bien, mais pourquoi lui et pas un autre de mes nombreux amis ?
- Benoit Gauthier, un ami
- Isabelle Richer, une chroniqueuse judiciaire à Radio-Canada, mais aussi une amie de jeunesse, donc c'est ok.
- Lobeva, un restaurant : ???
- Thomann, une boutique audio : résultat de recherches de matériel audio sur le Web, j'imagine...
- Pierre Pelot, un écrivain : j'ai lu quelques romans de lui, c'est tout.
- Chantal Rouleau, la député et ministre de la CAQ, ancienne maire de Pointe-aux-Trembles : peut-être parce que j'habite l'est de Montréal...
- Librinova, une plateforme d'autoédition : résultat de mes recherches en autoédition sur Google.
Comme vous pouvez le constatez, sur vingt-cinq posts, seulement quatre ont été déposés par mes ami-es, en comptant Isabelle Richer, une personnalité publique qui doit bien avoir des milliers de suiveux (on dit fellowers, je crois). Mais c'est aussi une vraie amie de jeunesse, donc je ne pouvais pas l'écarter. Or, j'ai 489 amis en ce moment sur Facebook. Des amis, des collègues, des gens de ma famille et de ma belle-famille. Comment se fait-il que, sur un aussi grand nombre de contacts, je n'ai vu défiler que quatre news de mes abonnés ? Mystère et boule de gomme.
Il semblerait que Facebook favorise les entrées qui, en fonction de ses algorithmes, peuvent vous intéresser. Il favorise aussi celles qui ont reçu le plus de "likes". François Charron, un critique techno québécois, décrit ce phénomène de manière très pédagogique dans ce billet. Si vous vous intéressez à la question, je crois qu'il vaut la peine d'y jeter un oeil.
Voilà ce qu'est devenu Facebook en 2026 : un réseau social qui, certes, vous permet toujours d'accéder à une certaine convivialité virtuelle, tout en polluant votre espace des publicités de plus en plus nombreuses, de plus en plus ciblées, souvent l'expression de vos recherches sur le moteur de recherche Google. Par exemple, j'ai parcouru certains sites de guitares, tant des boutiques de vente que des centres de formation, alors je ne me surprends pas de trouver sur mon fil Facebook une kyrielle d'annonces et d'offres en tous genres... Pour éviter ça, je sais que je n'ai qu'à effectuer mes recherches sur un autre moteur, comme Qwant ou DuckDuckGo. Je le sais, j'en suis conscient, mais Google me donne aussi ce que je veux, plus facilement et dans ma longue maternelle. Alors, j'en assume les conséquences. Il s'agit simplement d'en être conscient.
La question qui vous brûle les lèvres est la suivante : pourquoi continuer à utiliser Facebook ? Et la réponse est simple, et elle comporte deux volets :
- Rester en contact — malgré tout — avec des amis, des collègues et des membres de la famille que je n'ai pas l'occasion de voir dans la vie de tous les jours.
- Retrouver certains d'entre eux dans des groupes privés, ce qui nous évite de nous envoyer des dizaines de messages quand on veut simplement confirmer une invitation à une soirée.
Pour le reste, Facebook ne présente plus d'intérêt pour moi. Si je publie un billet sur mon blogue, je poste le lien sur Facebook, mais je sais que ce n'est guère utile — compte tenu de ce que je viens de vous exposer. Je touche beaucoup plus de personnes sur Mastodon ou sur BlueSky alors que j'ai beacoup moins d'abonnés.
Dommage qu'aucune organisation au Québec, voire dans la Francophonie, a eu l'idée de développer un service susceptible de concurrencer Facebook. Depuis le temps...
Daniel Ducharme - billet no 10 : 2026-05-08